L'église "virtuelle" de Condezaygues

Le monument néogothique qui n’a jamais vu le jour

Vers la fin du XIXe siècle, la plupart des communes du Fumélois, se lancent dans la reconstruction, partielle ou totale, de leurs églises. L’argument de l’augmentation de la population* est souvent avancé, avec l’état de délabrement du monument ancien. A Condezaygues le conseil de Fabrique (groupe de paroissiens chargé de la gestion des biens de la paroisse) décide de se mettre au diapason de ses voisins. Dans un premier temps, dès la fin des années 1870, le conseil prend l’initiative de lancer une souscription et de faire dresser des plans pour transformer l’église. La municipalité ne suit pas et vote simplement un impôt exceptionnel pour réparer le monument.

Mais l’affaire n’en reste pas là. Les travaux de réparation n’ont probablement pas été réalisés et, près de 20 ans plus tard, le 8 mars 1899, un nouveau conseil municipal, par 6 voix contre 4, décide de « … commander les plans et devis nécessaires pour la construction de l’église, les dits plans et devis ne devant pas s’élever à plus de vingt-un mille francs ». Le 18 juin 1899 des plans et un devis, s’élevant à 20997 francs et 03 centimes, sont présentés au conseil municipal, accompagnés d’une proposition d’impôt de 18 centimes pendant 35 ans pour la construction projetée. Le vote ne permet pas de prendre une décision immédiate : 5 voix pour et 5 voix contre.

En 1900, de nouvelles élections municipales — dont l’enjeu essentiel est de décider de la construction d’une nouvelle église ou de conserver l’ancienne en la réparant — donnent la victoire aux partisans de la construction à neuf, appuyés par le conseil de Fabrique. Le 17 Mars 1901 le nouveau conseil municipal vote pour la reconstruction de l’église, sur un terrain qui doit être exproprié, à l’entrée Ouest du village. A ce moment les partisans de la construction semblent maîtres du jeu, mais les opposants ne désarment pas et envoient une pétition au Ministre de l’Intérieur. Malgré cela le projet reste en cours, bien que légèrement revu à la baisse. De nouveaux plans et un nouveau devis sont réalisés par l’architecte PINÈTRE. Ceux-ci sont parvenus jusqu’à nous … mais n’ont jamais été réalisés !

Le travail de sape des opposants a porté ses fruits. Le 27 juin 1902 le Sous-Préfet de Villeneuve-sur-Lot envoie une lettre au Préfet du Lot-et-Garonne, lui conseillant, face à une atmosphère enfiévrée, de ne pas prendre de décision définitive, laissant ainsi se décanter une situation qui devenait plus que tendue. Finalement, à la fin de l’année 1902 et au début de l’année suivante, des travaux sont réalisés à l’ancienne église : réparation de la toiture et du clocher, avec installation d’une cloche neuve.

En 1903, monsieur LAFONT, maçon résidant à Condezaygues, qui a réalisé les travaux à la demande du maire et du curé, menace de porter l’affaire en justice s’il n’est pas payé : le maire refuse et renvoie au conseil de Fabrique. Un accord est trouvé et le maçon est payé en décembre 1903. L’architecte PINÈTRE a dû attendre plus longtemps pour que lui soient payés ses plans et devis. Il n’est payé qu’en 1907 !

Les péripéties de l’église « virtuelle » de Condezaygues sont en fait parfaitement symptomatiques de l’atmosphère dans laquelle se déroule, en cette fin de XIXe siècle et début du XXe siècle, le mouvement de laïcisation de la société, qui aboutit en 1905 à la loi de séparation des Églises et de l’État.

Mais qui aujourd’hui regrettera l’église néogothique projetée, dont la réalisation aurait certainement entrainé la destruction de la petite église romane, qui trône encore fièrement à l’extrémité du bourg, telle une figure de proue.

* mouvement démographique réel depuis la fin du XVIIIe siècle, mais qui s’est achevé – voire inversé – au début des années 1840 ; à la notable exception de Fumel, dont la population continue à augmenter, jusqu’au XXe siècle, grâce au développement de son usine sidérurgique, à partir de 1847.

 

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